Lors d’une visite en Angleterre pour voir ma mère, je suis allé me promener dans une forêt.
C’était le printemps.
Je suis arrivé dans une vaste clairière où des jonquilles poussaient partout entre les arbres. Parmi elles apparaissaient les premières jacinthes des bois qui, dans une semaine ou deux, allaient recouvrir toute la forêt d’un tapis bleu.
C’était magnifique.
Je me suis assis un moment pour absorber cette beauté, puis j’ai commencé à prier et à louer Dieu.
Ensuite, j’ai repris ma marche en silence, presque avec révérence, en prenant soin de ne pas écraser les plantes qui envahissaient le sentier.
J’ai ressenti quelque chose de proche de ce que l’on éprouve lorsqu’on arrive en retard à l’église au milieu d’un moment de silence méditatif et que l’on essaie discrètement de trouver une place sans déranger — (mince, j’ai renversé la guitare !)
C’était comme si j’étais entré dans un lieu sacré.
Une intuition qui peut déranger
Cette idée peut mettre mal à l’aise.
Récemment, lors d’une randonnée dans une superbe forêt du Larzac, non loin de chez moi, je suis tombé sur un couple ayant installé un petit campement autour de leur fourgon.
Ils avaient même construit une sorte de « temple » avec des pierres calcaires du Causse.
Lorsque je leur ai demandé ce qu’il représentait, ils m’ont expliqué avec enthousiasme qu’il symbolisait « l’esprit universel » qui imprègne la forêt — et donc l’importance de la protéger.
Sur ce dernier point, nous étions d’accord.
Sur le premier, en revanche, cela m’a interpellé.
Avons-nous abandonné le terrain de l’écologie au New Age ?
Ne devrions-nous pas, comme chrétiens, proposer une vision plus profonde… et plus réjouissante ?
Une création qui loue son Créateur
Dans la Bible, la création entière rend gloire à Dieu :
« Louez l’Éternel, vous qui êtes sur la terre… arbres fruitiers et tous les cèdres, animaux sauvages et tout le bétail, tout ce qui rampe et tout ce qui vole. »
— Psaume 148.7, 9–10
Et au centre de cette création se trouve une créature particulière : l’être humain.
Créé à l’image de Dieu, il est placé dans un jardin pour le cultiver et le garder (Genèse 2).
Mais pourquoi ?
Nous pourrions répondre :
« Si l’on veut profiter du jardin, il faut bien l’entretenir. »
Ce n’est pas faux.
Mais la Bible nous conduit vers quelque chose de plus profond — quelque chose qui éclaire notre vocation aujourd’hui.
D’abord, la création n’existe pas pour nous :
« Tout a été créé par lui et pour lui. »
— Colossiens 1.16
Ensuite, elle appartient à Dieu :
« La terre et ce qu’elle contient appartient à l’Éternel. »
— Psaume 24.1
Le jardin comme espace sacré
Revenons au premier chapitre de la Genèse.
Pendant six jours, Dieu crée l’univers et une incroyable diversité d’êtres vivants :
« Alors Dieu créa chaque espèce de grands animaux marins et chaque espèce d’êtres vivants… Dieu vit que cela était bon. »
— Genèse 1.21
J’aime imaginer Dieu à ce moment-là, nageant avec masque, palmes et tuba au-dessus d’un récif corallien et disant :
« Ah… c’est bon ! »
Pris littéralement, cela signifie que Dieu s’est réjoui de sa création avant même notre existence.
Pris de manière plus imagée, cela nous rappelle que la création possède une valeur qui ne dépend pas de notre utilité ou de notre regard.
Plusieurs théologiens ont remarqué que le récit biblique de la création ressemble à la construction d’un temple (voir notamment les travaux de John Walton).
Dans cette lecture, l’humanité — créée à l’image de Dieu — reçoit une fonction sacerdotale.
Notre rôle dans le jardin n’est donc pas simplement d’en profiter.
Il est aussi de servir cet espace sacré afin qu’il continue à glorifier Dieu.
Voir la création autrement
Revenons aux deux forêts évoquées au début.
Il y a une grande différence entre louer la nature — ou faire des câlins aux arbres — et percevoir une création qui, elle-même, loue son Créateur.
Que m’est-il arrivé devant ces jonquilles ?
J’ai été témoin d’un écosystème accomplissant ce pour quoi il a été créé : glorifier Dieu.
Nous, êtres humains, avons la capacité de réfléchir, de choisir de louer et de mettre des mots sur notre adoration.
Cela fait partie de notre vocation sacerdotale.
Mais les montagnes, les animaux et les fleurs accomplissent aussi cette vocation à leur manière : simplement en étant ce qu’ils sont.
Leur existence elle-même réjouit le cœur de Dieu.
Et nous avons reçu la responsabilité d’en prendre soin.
Une invitation pour aujourd’hui
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement (5 juin), j’aimerais inviter tous les chrétiens à réfléchir à la manière dont ils peuvent mieux incarner leur rôle de sacrificateurs dans la création.
Au-delà des grandes décisions politiques, chaque geste peut devenir un acte de piété personnelle.
Prendre soin du vivant.
Respecter la biodiversité.
Considérer la création comme un don confié plutôt qu’une ressource à exploiter.
Et cela devient d’autant plus concret lorsque l’on sait que certains écosystèmes extraordinaires — comme de nombreux récifs coralliens — pourraient disparaître massivement d’ici 2050 si les tendances actuelles se poursuivent.
En septembre, qui marque pour l’Église mondiale le Temps pour la Création, nous explorerons plus en profondeur le plan de salut de Dieu : pour nous, pour sa création, aujourd’hui et pour l’éternité.
D’ici là, je vous souhaite de belles vacances.
Et surtout :
Prenez le temps de contempler les merveilles de sa création.
— Richard Kemp
A Rocha France — Ministère RNC à Montpellier

