Et si, à l’occasion de la Journée Internationale des Coopératives, nous prenions le temps d’interroger le sens profond de la coopération à la lumière des valeurs du Royaume de Dieu ?
L’Écriture place l’amour, la solidarité et la communion au cœur de la vie chrétienne. Ces principes trouvent une incarnation concrète dans la coopération, qui permet à des personnes de s’unir pour le bien commun, en réponse à l’appel divin.
Nous vous proposons d’explorer la coopération sous trois angles : son enracinement biblique, la réflexion théologique de Daniel Dow et son expression contemporaine dans le modèle économique des coopératives. Nous verrons ainsi comment la coopération devient une vocation et un témoignage vivant du message évangélique.

La coopération dans la Bible : un principe fondateur

La Bible révèle un Dieu de communion. La Trinité — Père, Fils et Saint-Esprit — incarne l’unité dans la diversité, une coopération parfaite qui inspire toute relation humaine. Jésus, dans sa prière sacerdotale, exprime ce désir d’unité : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi » (Jean 17:21). Cette unité n’est pas uniformité, mais synergie (1+1=3).
L’Ancien Testament pose les bases d’une justice sociale active : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19:18). La loi du Jubilé (Lévitique 25) va plus loin, instituant la redistribution des terres et l’effacement des dettes, préfigurant une économie de la solidarité.
Dans le Nouveau Testament, la première communauté chrétienne vit la coopération de manière radicale : « Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et avaient tout en commun » (Actes 2:44-45). Ce partage intégral des biens n’est pas une utopie, mais l’expression concrète de la fraternité évangélique.

Daniel Dow : la collaboration, une volonté divine

Dans son article « Comprendre pourquoi Dieu tient tant à la collaboration » (Dow, 2021, Lausanne Movement), Daniel Dow rappelle que la collaboration n’est pas une option, mais une exigence du dessein divin. Selon lui, Dieu agit rarement en solitaire : il choisit de s’associer à l’humain, valorisant la complémentarité des dons et la synergie des efforts.
« La collaboration construite sur l’amour, l’unité et la diversité, est tellement plus qu’une stratégie pour le succès du service. Elle est l’expression du cœur et de la nature de Dieu. »
— Daniel Dow, 2021, Mouvement de Lausanne
Cette vision rejoint la métaphore paulinienne du corps (1 Corinthiens 12:12-27), où chaque membre, dans sa diversité, contribue à l’édification commune. La coopération devient alors le moteur d’une mission partagée, démultipliant l’impact de chaque action individuelle.

Les coopératives : une économie inspirée par l’Évangile

Les coopératives reposent sur des principes universels : gestion démocratique, autonomie, participation économique, éducation, coopération inter-coopérative et engagement communautaire (Alliance Coopérative Internationale, 1995). Ces principes traduisent dans l’économie les valeurs de justice, de solidarité et de responsabilité portées par la Bible.
Contrairement à l’entreprise classique, la coopérative place la personne avant le capital. Elle vise le développement humain et la redistribution équitable de la richesse, rejoignant ainsi l’idéal biblique d’une économie au service de tous (cf. Laville, J.-L., 2016, L’économie sociale et solidaire, Gallimard).
La coopération, dans le modèle coopératif, devient un levier pour bâtir une société plus juste, fidèle à l’esprit du Royaume de Dieu. La solidarité, le partage et la coresponsabilité y sont vécus au quotidien, loin de toute abstraction.
À ce titre, il est essentiel de rappeler l’apport de Charles Gide, père théoricien du coopérativisme. Inspiré par les principes de l’économie jubilaire, Gide voyait dans la coopération non seulement un outil économique, mais une véritable éthique sociale, fondée sur la justice, la redistribution et la fraternité. Son héritage continue d’inspirer les mouvements coopératifs contemporains, y compris parmi les non-croyants.

Coopérer : une vocation chrétienne

Vivre la coopération, c’est répondre à l’appel à l’unité lancé par le Christ. C’est choisir, chaque jour, de bâtir des ponts plutôt que des murs, de privilégier l’intérêt collectif à l’individualisme.
En collaborant, nous devenons « ouvriers avec Dieu » (1 Corinthiens 3:9), appelés à transformer le monde à l’image du Royaume. La coopération n’est pas seulement un idéal, mais une mission à incarner ici et maintenant.
En cette Journée Internationale des Coopératives, engageons-nous à promouvoir des modèles économiques fondés sur la coopération, la justice et la solidarité. Que nos actions témoignent d’un Royaume où chacun a sa place, et où la richesse se partage.

La coopération n’est pas une une simple technique, elle n’est pas non plus une stratégie passagère. Elle est une vocation reflétant la nature même de Dieu. Célébrons, en ce jour, la puissance transformatrice de la coopération, inspirée par l’Écriture et incarnée dans le mouvement coopératif.
Que notre engagement en faveur des coopératives soit un acte de foi, d’amour et de justice, contribuant à la manifestation du Royaume de Dieu sur la terre.

Luc
avec Christine

 

Références