Savais-tu que pour ouvrir des portes, il te faut ralentir, voir et écouter ?

Il y a quelques semaines, je discutais avec l’un de mes clients, un homme qui a enchaîné un accident de voiture, plusieurs mois de rééducation, puis un léger AVC. Aujourd’hui, il parle très lentement, cherche ses mots, ses conjugaisons. Pourtant, c’est un homme éduqué, doté d’une grande culture.

Au cours de notre échange, il m’a remerciée de lui avoir accordé du temps.

« Plus personne ne le fait aujourd’hui », m’a-t-il dit.

Il m’expliquait combien, petit à petit, il s’isolait. Ses proches, comme les personnes qu’il croise au quotidien, ont un rythme de vie soutenu et n’ont plus vraiment le temps de lui parler, même simplement. Il est devenu trop lent pour une société qui court sans cesse.

Cette conversation m’a profondément interpellée.

Une société connectée… mais de plus en plus seule

Quelques semaines auparavant, j’avais entendu une chronique consacrée aux statistiques du bonheur en France en 2024. Elle rapportait que 20 % des personnes de plus de 60 ans et 40 % des 15-35 ans se déclaraient malheureuses.

Parmi les raisons évoquées : le manque de véritables contacts, de relations réciproques et de liens humains profonds.

C’est paradoxal. Nous vivons dans un monde hyperconnecté, mais beaucoup souffrent précisément d’un manque de connexion véritable.

Et ces personnes ne sont pas loin de nous.

Elles sont autour de nous : un voisin, un collègue, notre boulanger, la pharmacienne, une personne croisée à la salle de sport, un client, un membre de notre équipe…

Lors de mon dernier rendez-vous médical, par exemple, j’ai simplement pris le temps d’écouter mon médecin pendant quinze minutes. Elle avait besoin de partager le stress auquel elle était soumise.

Quinze minutes.

Ce n’était pas grand-chose. Mais c’était du temps donné à quelqu’un.

Le rythme de Jésus

Ces dernières années, j’ai été particulièrement frappée en observant le rythme de vie de Jésus.

Nous lisons les Évangiles rapidement. Les événements s’enchaînent, les rencontres se succèdent, les miracles se multiplient. Mais si nous nous arrêtons sur le rythme de Jésus, nous découvrons quelque chose de très différent.

Jésus prenait le temps.

Il prenait le temps de prier et de consulter son Père. Il marchait avec ses disciples. Il questionnait les personnes qu’il rencontrait. Il partageait des repas avec des gens dont la vie et la réputation étaient parfois bien éloignées des normes religieuses de son époque.

Et puis il y a cette scène étonnante.

Jésus se rend en urgence auprès d’une enfant mourante. La foule le presse de toutes parts. Tout le monde avance, tout le monde le touche.

Et pourtant, Jésus s’arrête.

« Qui m’a touché ? »

Il prend le temps de regarder cette femme qui vient de toucher son vêtement, de l’écouter raconter son histoire et de lui parler.

Elle n’est plus simplement une personne anonyme au milieu d’une foule. Jésus la voit.

Et elle vit son miracle (Matthieu 9.20-22).

Même dans l’urgence, Jésus sait s’arrêter pour quelqu’un.

Son rythme peut vraiment nous interpeller.

Ralentir pour voir

Quand avons-nous, pour la dernière fois, regardé quelqu’un droit dans les yeux et pris le temps de l’écouter vraiment ?

Nous vivons à un rythme effréné. Nous sommes constamment sollicités par nos téléphones, nos applications, nos messages, nos notifications. Nous pouvons être en conversation avec une personne tout en répondant à une autre.

Nous enchaînons les rendez-vous, les réunions, les urgences, les préparations, les responsabilités… que nous soyons pasteurs, responsables associatifs, parents ou simplement engagés dans notre quotidien professionnel.

Alors peut-être qu’il est urgent… de ralentir et de lever les yeux de nos propres affaires.

De regarder notre prochain.

De nous intéresser sincèrement à lui.

« Aime ton prochain comme toi-même » (Marc 12.31), ce n’est pas seulement une belle idée. C’est choisir de se tourner vers celui qui est là, de lui accorder notre attention et de lui reconnaître de la valeur.

Comme Jésus l’a fait avec cette femme.

Comme il l’a fait avec Zachée, perché dans son arbre.

Comme il l’a fait avec tant d’autres personnes que la foule aurait pu laisser anonymes.

Face à une foule d’anonymes, Jésus dit : « Je te vois. »

Et il fait de nous son porte-voix.

Ouvrir une porte

Et nous, qu’est-ce que nos vies disent ?

C’est peut-être là que commence notre mission.

Avant de parler de Dieu, avant même de parler de Jésus, pouvons-nous simplement apprendre à voir les personnes que Dieu place sur notre chemin ?

Chaque fois que Jean-Philippe et moi avons pris le temps de nous intéresser réellement aux personnes que nous rencontrions — notamment sur notre lieu de travail, où nous passons plus de huit heures par jour — nous avons constaté qu’une porte pouvait s’ouvrir.

Une conversation.

Une confiance qui s’installe.

Une histoire qui se raconte.

Une question qui surgit.

Et parfois, une occasion de parler de Dieu, de Jésus, de l’espérance qui nous habite.

Nous ne pouvons pas forcer une porte.

Mais nous pouvons créer les conditions pour qu’elle s’ouvre.

Ralentir. Voir. Écouter.

C’est ainsi que nous pouvons devenir des passeurs, des témoins, des porte-voix.

Et peut-être qu’une simple attention, une écoute véritable ou quinze minutes offertes à quelqu’un seront précisément ce qui permettra d’ouvrir une porte vers son Créateur, vers Celui qui donne la vie.

Cette semaine, ralentis…

Je t’encourage à essayer trois choses très simples :

→ Prends 15 minutes pour parler avec quelqu’un, sans écran ni distraction.
Juste écouter.
Pour recréer un vrai lien humain.

→ Lors de ta prochaine interaction — avec un collègue, un voisin, un caissier, un client… — regarde vraiment la personne et adresse-lui une parole sincère.
Pour briser l’anonymat du quotidien.

→ Choisis un moment dans ta journée pour faire silence, prier, respirer et ralentir.
Pour retrouver, au milieu de nos rythmes effrénés, quelque chose du rythme de Jésus.

Parce que parfois, ouvrir une porte commence simplement par s’arrêter devant quelqu’un.

Sandrine Pascalini