Une vie qui se déverse : recevoir, donner, faire circuler

21 Oct 2026 | Mise au point, Blog

Lors de la rencontre RNC des 16 et 17 septembre à Sète, autour du thème « Appartenance et croissance », Xavier Dufour nous a conduits à réfléchir à une question essentielle : que faisons-nous de ce que Dieu a déposé dans nos vies ? À partir de l’image d’une vie qui se déverse, il nous invite à regarder autrement nos vocations, nos engagements et nos relations. Car si Dieu nous confie à chacun quelque chose de singulier, nous ne sommes pas appelés à le garder pour nous-mêmes : notre vie est aussi appelée à devenir une source pour d’autres.

Il y a quelque temps, j’ai été marqué par une image qui m’a conduit à réfléchir à ce que signifie réellement donner ce que Dieu nous a confié. Une vie qui se déverse ne le fait pas par accident. Il faut un mouvement volontaire, comme celui du poignet qui incline un verre pour permettre à ce qu’il contient de se répandre.

Cette image me semble parler profondément de notre manière de vivre avec Dieu, mais aussi de vivre les uns avec les autres. Dieu nous donne, nous recevons, mais ce que nous recevons n’est pas destiné à rester en nous. Notre vie, nos ressources, nos dons, notre ministère peuvent devenir une source pour d’autres lorsque nous choisissons intentionnellement de nous donner.

Une vie reçue est appelée à être donnée

L’amour du Père manifesté en Jésus nous montre cette dynamique. Jésus lui-même s’est dépouillé. Dans l’Écriture, nous retrouvons cette logique dans des parcours comme ceux de Ruth, Jonathan ou David : l’histoire de Dieu avance aussi à travers des hommes et des femmes qui acceptent de donner quelque chose d’eux-mêmes.

Recevoir de Dieu nous place donc devant une responsabilité : qu’allons-nous faire de ce qui nous a été confié ?

La question n’est pas seulement de savoir ce que Dieu veut faire en nous, mais aussi ce qu’il veut faire à travers nous, et pour qui il nous appelle à devenir une bénédiction.

Considérer aussi les intérêts des autres

C’est dans cette perspective que je comprends l’exhortation de Paul dans Philippiens 2 : 

« Considérez aussi les intérêts des autres. »

Il ne s’agit pas simplement d’une règle de bonne conduite ou d’une invitation à mieux vivre ensemble. Il y a là un principe beaucoup plus profond : celui de poursuivre son propre appel tout en recherchant volontairement le bien de l’autre.

Cette dynamique me paraît essentielle lorsqu’on parle de réseau. Nous pouvons avoir reçu un appel, une vision, une mission particulière, sans pour autant vivre notre vocation de manière isolée. Ce que Dieu fait avec nous peut contribuer à la croissance de quelqu’un d’autre.

Le réseau comme circulation de vie

C’est aussi ainsi que je comprends ce qu’est un réseau apostolique : une famille spirituelle de ministères, d’œuvres et d’Églises qui choisissent de mettre leurs relations, leurs ressources et leurs dons au service de la croissance des autres et du bien de la société.

Le livre des Actes nous montre cette circulation de vie. Des personnes se rencontrent, collaborent, se mobilisent, partagent leurs ressources. Des ministères s’entraident. Des Églises contribuent à répondre aux besoins d’autres Églises.

Un réseau n’est donc pas simplement un ensemble de personnes qui se connaissent ou qui se retrouvent régulièrement. Il devient réellement un réseau lorsque quelque chose circule : les relations, les ressources, les idées, les dons, les encouragements, les compétences, les opportunités.

Être au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes

Je crois profondément que Dieu nous place parfois au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes.

La question devient alors : qu’est-ce que je fais de la place où Dieu m’a placé ?

Nous pouvons facilement regarder notre appartenance à un réseau à partir de ce qu’elle peut nous apporter. Quels contacts vais-je rencontrer ? Quelles ressources vais-je trouver ? Quelle aide vais-je recevoir ?

Mais je crois qu’une autre question doit progressivement prendre sa place : comment puis-je servir ?

Que puis-je donner ? Que puis-je mettre à disposition ? Comment puis-je contribuer à ton succès ? Comment ce que Dieu m’a confié peut-il devenir une ressource pour toi ?

C’est là que la logique du réseau change. Nous ne sommes plus simplement des bénéficiaires les uns pour les autres. Nous devenons des personnes qui se déversent volontairement dans la vie des autres.

Décloisonner pour que la vie circule

Pour cela, il nous faut parfois accepter de décloisonner.

Décloisonner nos ministères, nos ressources, nos relations, nos compétences. Sortir de certaines habitudes qui nous conduisent à fonctionner uniquement avec ceux qui nous ressemblent ou avec ceux que nous connaissons déjà.

Je crois aussi que certaines cloisons ont parfois été construites pour nous protéger de blessures passées. Elles ont pu avoir leur utilité à un moment donné. Mais Dieu veut aussi guérir et restaurer ce qui a été blessé, afin que la vie puisse à nouveau circuler.

Le décloisonnement n’est donc pas une fin en soi. Il est au service de quelque chose de plus grand : permettre à ce que Dieu a déposé en chacun de nous de devenir une bénédiction au-delà de nos propres frontières.

Et cela ne concerne pas uniquement nos ministères ou nos Églises. Cela concerne aussi notre contribution au territoire dans lequel Dieu nous a placés, à notre société et au bien commun.

Que laisserons-nous aux générations qui viennent ?

Finalement, cette question nous conduit à celle de la transmission.

Nous sommes aujourd’hui les bénéficiaires de vies qui se sont déversées avant nous. Des hommes et des femmes ont donné de leur temps, de leurs ressources, de leur énergie, de leur foi et de leur expérience. Nous avons reçu parce que d’autres ont accepté de donner.

À notre tour, nous sommes appelés à nous demander ce que nous allons transmettre.

Une vie qui se déverse ne cherche pas seulement à produire quelque chose pour aujourd’hui. Elle prépare aussi quelque chose pour demain.

Ce que Dieu nous confie n’est donc pas seulement pour nous. Il y a des personnes que nous sommes appelés à servir, des œuvres auxquelles nous sommes appelés à contribuer, une société à laquelle nous pouvons apporter notre part, et des générations qui viendront après nous.

La question n’est finalement pas seulement : qu’ai-je reçu ?

Elle est aussi : qu’est-ce qui va pouvoir circuler à travers ma vie ?

Car ce que nous recevons de Dieu est appelé à devenir, entre nos mains, une source pour les autres.

 

Xavier Dufour, Sète, le 16 Septembre 2026

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