Lors de la rencontre annuelle RNC des pasteurs, responsables d’Églises, de ministères et d’œuvres, qui s’est tenue les 16 et 17 septembre à Sète autour du thème « Appartenance et croissance », Philip Alcock a invité les participants à regarder la nouvelle saison qui s’ouvre non seulement à travers les structures et les projets, mais d’abord à travers ce que Dieu veut transformer en chacun de nous. À partir de plusieurs récits bibliques, de Josué à Pierre, de Moïse à Timothée, il a posé une question simple et exigeante : qui devons-nous devenir pour pouvoir porter ce que Dieu veut faire ?
Lundi, je jouais au padel.
Je courais comme une gazelle dans la savane… jusqu’au moment où mon mollet a décidé de me rappeler que je n’avais plus vingt ans.
La gazelle a pris un coup de carabine et je me suis retrouvé par terre.
Cela m’a obligé à prendre un peu de recul. Depuis quarante-deux ans, je travaille avec ce corps. Je pensais avoir compris comment il fonctionnait. Et pourtant, je venais encore de découvrir quelque chose que je n’avais pas vu.
Je me suis demandé : et si c’était aussi vrai spirituellement ?
Et si, après toutes ces années avec Dieu, il y avait encore des choses qu’il voulait nous faire découvrir ? Des choses qui doivent grandir, changer, être abandonnées ou développées en nous ?
C’est peut-être une des questions importantes pour nous aujourd’hui.
Dieu nous appelle à davantage : davantage de lui, davantage de son Esprit, davantage de son Royaume. Mais nous ne pouvons pas entrer dans une nouvelle saison avec seulement de nouvelles structures.
Il faut aussi que Dieu produise en nous une nouvelle capacité à recevoir et à porter ce qu’il veut faire.
C’est particulièrement important lorsque nous sommes responsables, pasteurs, anciens, responsables d’œuvres ou leaders, en place ou en devenir.
Parce que la transformation commence par nous.
Une nouvelle saison crée toujours une tension
Toute croissance crée une tension.
Un enfant qui grandit change de vêtements. Une organisation qui grandit doit revoir certaines de ses habitudes. Une Église qui grandit ne peut pas continuer à fonctionner exactement comme lorsqu’elle comptait trente personnes.
La croissance nous oblige à bouger.
Mais il existe une croissance encore plus exigeante : celle qui arrive lorsque Dieu augmente ce qu’il veut nous confier.
Dans Josué 1, nous sommes à un moment charnière.
Moïse est mort. La promesse de Dieu n’a pas changé. Dieu n’a pas changé. Le peuple est toujours le peuple de Dieu.
Mais la saison a changé.
Le désert demandait certaines choses. Entrer dans le pays en demandait d’autres.
Et ce qui est frappant, c’est que Dieu ne commence pas par donner à Josué un nouvel organigramme ou un nouveau plan stratégique. Il commence par travailler sur Josué lui-même :
« Fortifie-toi et prends courage. »
Quand Dieu change une saison, il commence souvent par travailler ceux qui vont devoir la porter.
C’est une réalité importante pour nous.
Nous pouvons être très occupés à réfléchir à ce que RNC doit devenir, à ce que nos Églises doivent devenir, à ce que nos œuvres doivent devenir.
Mais peut-être que la première question est ailleurs :
Qui devons-nous devenir pour pouvoir porter ce que Dieu veut faire ?
Appartenance et croissance ne sont pas opposées
Le thème de notre rencontre était appartenance et la croissance.
À première vue, ces deux réalités peuvent sembler opposées.
L’appartenance parle de sécurité, d’identité, de racines.
La croissance parle de mouvement, de risque, de changement, de multiplication.
Mais bibliquement, l’une produit l’autre.
Dans Jean 15, Jésus commence par dire :
« Demeurez en moi. »
Puis il parle de fruit.
Demeurer conduit à porter du fruit.
L’appartenance conduit à la croissance.
Un arbre ne grandit pas parce qu’il abandonne ses racines. Il peut grandir parce qu’il est enraciné.
Et plus un arbre monte, plus il a besoin d’être profondément enraciné.
C’est une image importante pour nous.
Notre appartenance ne devrait pas nous immobiliser. Elle devrait nous donner suffisamment de sécurité pour oser.
Nous pouvons être profondément attachés à une famille, à une histoire, à des relations, à une vision commune, tout en restant capables de recevoir ce que Dieu veut faire maintenant.
La question n’est donc pas seulement : « À quoi appartenons-nous ? »
La question est aussi : « Est-ce que notre appartenance nous donne les racines nécessaires pour grandir ? »
Le vrai changement n’est pas d’abord structurel
Lorsque nous parlons de l’avenir d’un réseau, il est facile de commencer par les structures.
Famille ? Fédération ? Réseau ? Tribu ? Centre apostolique ? Équipe apostolique ?
Nous pouvons changer les mots. Nous pouvons modifier un organigramme. Nous pouvons créer de nouvelles équipes.
Mais changer une structure ne signifie pas automatiquement changer une culture.
La culture est beaucoup plus profonde.
Elle se révèle dans notre manière de partager, de faire confiance, d’envoyer, de recevoir, de collaborer, de célébrer le succès de quelqu’un d’autre et de transmettre ce que nous avons reçu.
Actes 6 nous donne un exemple très concret.
L’Église grandit. Le nombre des disciples augmente. Et cette croissance fait apparaître un problème : les veuves grecques sont négligées dans la distribution quotidienne.
Les apôtres auraient pu considérer ce problème comme une menace ou comme une perturbation de leur fonctionnement.
Ils font autre chose.
Ils reconnaissent simplement que ce qui fonctionnait hier ne suffit plus aujourd’hui.
Ils délèguent. Ils font confiance. Ils donnent de l’autorité. Des diacres sont choisis.
Et que se passe-t-il ensuite ?
La parole de Dieu continue de se répandre et le nombre des disciples augmente encore.
On pourrait presque résumer le mouvement ainsi :
croissance → tension → changement → nouvelle capacité → nouvelle croissance.
Le changement de structure n’est donc pas le but.
La structure sert la mission.
La question n’est peut-être pas : « Que doit devenir RNC ? »
Nous pouvons passer beaucoup de temps à nous demander :
« Qu’est-ce que RNC doit devenir ? »
Mais peut-être que le Saint-Esprit veut poser une question plus personnelle :
« Qui dois-je devenir pour porter ce que Dieu veut faire ? »
Cette question concerne tout le monde.
Le pasteur. L’ancien. Le responsable d’œuvre. Le jeune leader. Celui qui fait partie d’une équipe apostolique. Celui qui sert depuis quarante ans comme celui qui commence son ministère.
Regardons Pierre.
En Actes 10, Pierre aime Dieu. Il est rempli du Saint-Esprit. Il est apôtre. Il a vécu la Pentecôte.
Et pourtant, Dieu doit encore transformer son paradigme.
Pierre reçoit une vision qui remet profondément en question sa manière de voir les personnes. Il reste perplexe. Puis l’Esprit lui dit de se lever, de descendre et de partir avec les hommes qui le cherchent.
Pierre doit bouger alors même qu’il n’a pas encore tout compris.
Et lorsqu’il arrive chez Corneille, il peut dire :
« Dieu m’a montré qu’il ne faut déclarer aucun être humain souillé ou impur. »
Quelle puissance dans cette phrase.
Pierre est capable de dire : « J’avais une grille de lecture. Et Dieu l’a changée. »
On peut être fidèle à Dieu et avoir encore des paradigmes que Dieu veut transformer.
C’est extrêmement important pour nous.
Si nous voulons que le Royaume de Dieu avance, nous sommes les premiers concernés.
Nous ne pouvons pas demander à un réseau de changer ce que nous ne sommes pas prêts à laisser Dieu changer en nous.
Qu’est-ce que Dieu me demande de continuer, changer, arrêter ou commencer ?
Alors, j’aimerais proposer quatre questions très simples.
Elles pourraient presque ressembler à des questions de management.
Mais je crois qu’elles peuvent devenir quatre questions profondément spirituelles pour entrer dans une nouvelle saison.
1. Qu’est-ce que je dois continuer ?
Paul dit à Timothée :
« Prends pour modèle les saines paroles que tu as entendues de moi […] et garde le beau dépôt qui t’a été confié. »
Entrer dans une nouvelle saison ne signifie pas tout réinventer.
Certaines choses doivent être conservées.
Il faut du discernement pour reconnaître ce qui porte encore du vrai fruit.
Qu’est-ce que Dieu m’a confié et que je dois continuer ?
Quelle est ma zone de grâce ? Quel est ce que Dieu m’a donné la capacité de faire d’une manière particulière ? Quelle contribution puis-je apporter que d’autres ne peuvent pas apporter de la même manière ?
Nous avons besoin de continuer certaines choses.
Mais continuer implique aussi de transmettre.
2. Qu’est-ce que je dois transmettre ?
Jésus nous demande de faire des disciples.
Pas simplement de remplir des salles.
Pas simplement de développer des organisations.
Pas simplement de multiplier les activités.
Toutes ces choses peuvent avoir leur place, mais elles doivent rester au service de la mission que Jésus nous a donnée :
faire des disciples.
Alors, avant de parler de la croissance de RNC, de nos Églises ou de nos œuvres, posons-nous une question beaucoup plus personnelle :
Est-ce que je fais des disciples ?
Qui est-ce que j’accompagne ?
Qui est-ce que j’aide à grandir ?
À qui est-ce que je transmets ce que Dieu m’a confié ?
Un disciple, c’est quelqu’un qui apprend à ressembler à Christ — dans son caractère, ses priorités et son amour — et qui aide ensuite d’autres personnes à faire de même.
La croissance du Royaume est une croissance qui se multiplie.
Paul l’exprime magnifiquement en 2 Timothée 2.2 : ce qu’il a reçu, Timothée doit le transmettre à des personnes fidèles, capables de l’enseigner à leur tour.
Paul → Timothée → des personnes fidèles → d’autres encore.
La croissance commence lorsque ce que Dieu m’a confié cesse de se terminer avec moi.
3. Qu’est-ce que je dois changer ?
Pierre nous rappelle que nous pouvons être sincères, fidèles, expérimentés et pourtant avoir encore besoin d’être transformés.
Le mandat de Dieu peut rester le même alors que notre manière de l’accomplir doit changer.
Le mandat demeure. La culture peut grandir. Les méthodes peuvent changer.
Il faut parfois accepter de dire :
« Dieu m’apprend quelque chose. »
C’est une posture essentielle pour un leader.
Il ne s’agit pas de mépriser ce qui a été fait avant nous. Il s’agit de rester suffisamment humble pour reconnaître que Dieu peut encore nous faire voir autrement.
Une nouvelle saison exige parfois de nouvelles collaborations, de nouvelles personnes, de nouvelles expressions, de nouvelles façons de faire.
La fidélité à Dieu n’est pas la fidélité à toutes nos habitudes.
4. Qu’est-ce que je dois arrêter ?
Exode 18 nous montre Moïse dans une situation très concrète.
Il porte tout.
Son beau-père Jéthro lui dit :
« Ce que tu fais n’est pas bien. Tu vas t’épuiser toi-même et tu vas épuiser ce peuple qui est avec toi. »
Moïse doit arrêter de tout porter.
Et cela aussi est important pour nous.
Quelque chose peut être bon et néanmoins devenir un obstacle à la prochaine saison.
Tout ce que Dieu nous demande d’arrêter n’était pas nécessairement mauvais.
Certaines choses étaient simplement adaptées à une autre saison.
Il faut donc parfois avoir le courage de lâcher.
De déléguer.
De faire confiance.
De donner de l’autorité.
De reconnaître que ce qui était nécessaire hier ne l’est plus forcément aujourd’hui.
Et qu’est-ce que je dois commencer ?
Ésaïe 43 nous dit :
« Je vais faire une chose nouvelle, qui est déjà en germe. Ne la remarquerez-vous pas ? »
Dieu parle ici à un peuple qui possède une histoire extraordinaire avec lui.
Mais son expérience passée ne doit pas devenir la limite de ce qu’il peut imaginer pour l’avenir.
Honorer ce que Dieu a fait hier ne doit pas nous empêcher de discerner ce qu’il commence aujourd’hui.
Commencer demande parfois d’expérimenter ce que nous n’avons jamais fait.
De créer de nouvelles collaborations.
De donner une place à de nouvelles personnes.
D’oser de nouvelles expressions.
Et parfois même de répondre à une direction de Dieu avant d’en connaître tous les résultats.
La question n’est donc pas seulement :
« Qu’est-ce qui fonctionne déjà ? »
Mais aussi :
« Qu’est-ce que Dieu est en train de faire naître parmi nous, et auquel devons-nous maintenant faire de la place ? »
Nous sommes tous porteurs de culture
Finalement, tout cela nous ramène à quelque chose de très personnel.
La culture de RNC n’est pas seulement déterminée par ses structures.
Nous sommes tous porteurs de cette culture.
Et en tant que responsables, nous sommes aussi garants de la culture que nous produisons autour de nous.
Ce qu’un leader célèbre se multiplie.
Ce qu’un leader tolère s’installe.
Ce qu’un leader pratique devient progressivement normal.
Ce qu’un leader refuse de transmettre finit souvent avec lui.
Et ce qu’un leader ose changer donne aux autres la permission de changer.
Nous ne sommes donc pas seulement responsables de ce que nous faisons.
Nous avons aussi une responsabilité sur la culture que notre manière de faire produit autour de nous.
Cela concerne chacun d’entre nous.
Devant le Jourdain
Pour terminer, revenons à Josué.
Le peuple se trouve devant le Jourdain.
Derrière lui : une histoire, un héritage, des victoires, des échecs, quarante années d’expérience.
Devant lui : une promesse qu’il ne connaît pas encore.
Et entre les deux : un passage.
Pour RNC, nous savons d’où nous venons.
Nous savons une partie de ce que Dieu nous a confié.
Et nous discernons quelque chose de ce qui est devant nous.
Mais peut-être que la question de cette saison n’est pas seulement :
« Où allons-nous ? »
C’est aussi :
« Qui devons-nous devenir pour y aller ensemble ? »
Alors, quatre questions peuvent rester devant nous :
Seigneur, qu’est-ce que je dois continuer ?
Qu’est-ce que je dois changer ?
Qu’est-ce que je dois arrêter ?
Qu’est-ce que je dois commencer ?
Et peut-être qu’au fond, la vraie question est encore plus simple :
Qui dois-je devenir pour pouvoir porter ce que tu veux faire ?
Philip Alcock, Sète, le 18 Septembre 2026.

