« C’est par Jésus-Christ que nous avons reçu la grâce et l’apostolat pour susciter, en son nom, l’obéissance de la foi parmi toutes les nations. » (Romains 1.5)
Ce verset de l’épître aux Romains résume avec une étonnante densité plusieurs fondements de notre vision en tant que famille du Réseau Nouvelles Connexions.
Paul y articule trois réalités inséparables :
- la grâce, qui est le fondement de notre identité ;
- l’apostolat, qui est le mandat confié à l’Église ;
- le Royaume de Dieu, qui constitue la finalité de la mission.
Ces trois dimensions ne sont pas indépendantes les unes des autres. Elles s’éclairent mutuellement et forment ensemble le socle théologique de notre engagement.
La grâce : un message qui engendre une culture
La grâce exprime la bienveillance souveraine de Dieu manifestée en Jésus-Christ.
C’est cet amour inconditionnel par lequel Dieu nous a aimés le premier.
Par la justification et la réconciliation avec le Père, il nous rétablit dans notre identité de fils et de filles de Dieu, appelés à régner avec lui.
Cette grâce transforme notre relation avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres.
Elle ne constitue pas seulement un message à annoncer ; elle façonne une culture.
Elle dessine la vie de l’Église en tant que signe du Royaume de Dieu.
L’apostolat : le mandat confié à l’Église
L’apostolat désigne le mandat reçu du Christ ressuscité.
Il consiste à annoncer l’Évangile de la grâce, à poser les fondements doctrinaux et missionnels de l’Église (Matthieu 16.18) et à exercer l’autorité que le Seigneur lui confie pour confronter le royaume des ténèbres et manifester le Royaume de Dieu.
Loin d’être un titre honorifique, l’apostolat est une responsabilité au service de la mission.
Le Royaume de Dieu : la finalité de l’Évangile
Dans Romains 1.5, le Royaume apparaît à travers cette expression : « susciter l’obéissance de la foi parmi les nations ».
La Bonne Nouvelle ne concerne donc pas uniquement le salut individuel.
Elle est appelée à rejoindre les nations et à transformer toutes les sphères de la vie humaine.
Le Royaume de Dieu constitue l’horizon vers lequel tend l’ensemble de la mission de l’Église.
Grâce et apostolat : une autorité façonnée par la grâce
La culture de la grâce oriente profondément l’exercice du mandat apostolique.
Elle encadre toute forme d’autorité dans l’Église en écartant toute tentation de domination ou toute logique pyramidale.
La grâce nous place tous à égale distance du Père.
Les apôtres, comme l’ensemble des ministères, ne sont pas les « généraux » de l’Église.
Ils sont des dons du Christ donnés pour l’édification du Corps.
Leur autorité vise la maturation doctrinale, l’unité de la foi et la mise en mouvement du peuple de Dieu.
Ils exercent une véritable paternité spirituelle au sein de la famille de Dieu.
Grâce et Royaume : une présence qui révèle Dieu
La grâce détermine également notre manière d’habiter le monde.
Annoncer le Royaume consiste à proclamer et incarner une Bonne Nouvelle, sans esprit de domination ni volonté de prise de pouvoir — qu’elle soit économique, morale ou politique.
La grâce exclut toute posture d’accusation.
Elle nous appelle à manifester la bienveillance de Dieu.
En Christ, nous ne sommes plus en Adam.
L’Église devient cette nouvelle humanité appelée à poursuivre le mandat culturel confié dès l’origine et à régner dans la vie avec Christ (Romains 5.17).
Cette compréhension nourrit notre espérance du retour du Seigneur, lui qui seul établira définitivement son Royaume.
Elle alimente notre prière et soutient une mobilisation persévérante jusqu’à son avènement.
La victoire de la grâce s’est manifestée à la croix.
C’est là que le Seigneur a triomphé des ténèbres en révélant la bonté et le pardon de Dieu face à la méchanceté et à l’accusation du diable.
Dans son abaissement, puis dans son élévation, le Christ a vaincu le prince de ce monde.
Cette victoire confère au mandat apostolique une autorité contre laquelle « les portes du séjour des morts ne prévaudront point » (Matthieu 16.18).
Apostolat et Royaume : une mission qui transforme les nations
Le mandat apostolique concerne pleinement l’extension du Royaume de Dieu parmi les nations.
Il comprend la proclamation de l’Évangile, l’implantation d’Églises, mais aussi le rayonnement des croyants dans toutes les sphères de la société.
L’apostolat porte un message capable de transformer les personnes autant que les structures sociales.
Paul l’exprime ainsi :
« Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni libre ; il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. »
(Galates 3.26-28)
L’annonce du salut ne peut donc se limiter à une dimension personnelle.
Elle est appelée à rejoindre les lieux de fracture de nos sociétés afin d’y semer la puissance réconciliatrice du Royaume de Dieu.
Lorsque Paul parle de « susciter l’obéissance de la foi parmi toutes les nations », il rejoint directement le mandat confié par Jésus : faire de toutes les nations des disciples.
L’annonce de l’Évangile commence avec l’individu.
Mais elle se prolonge dans la transformation des différentes sphères de la société, appelées à être pénétrées par la présence de Dieu et les principes de vie de l’Évangile.
Ainsi, la prière :
« Que ton règne vienne »
s’accompagne d’un engagement concret : collaborer à la venue de ce Royaume dans les gestes ordinaires de la vie quotidienne.
Il ne s’agit pas seulement d’une extension géographique du Royaume.
Il s’agit aussi d’une pénétration en profondeur, à l’image du levain dans la pâte.
Cette mission mobilise l’ensemble du Corps de Christ.
Chaque croyant devient ainsi un ambassadeur du Royaume, envoyé dans son propre périmètre d’influence pour y être sel et lumière.
L’Église ne peut donc être comprise uniquement sous son aspect institutionnel.
Elle est aussi un Corps en mouvement, présent dans les engagements familiaux, professionnels, associatifs, culturels, économiques ou politiques de chacun de ses membres.
Trois réalités inséparables
Ces trois dimensions ne peuvent être dissociées.
La grâce, sans l’apostolat ni la vision du Royaume, risque de se réduire à une expérience individuelle et de priver l’Évangile de sa portée transformatrice.
L’apostolat, sans la grâce, court toujours le risque de se déformer en domination ou en abus d’autorité.
Le Royaume, sans la grâce ni l’apostolat de l’Église, perd à la fois le message qui l’annonce et les hommes et les femmes appelés à le manifester.
« Ces trois mots résument, à eux seuls, la manière dont nous comprenons la mission de l’Église et l’appel que Dieu adresse à chacun de nous. »
La grâce n’est pas une fin en soi.
L’apostolat non plus.
L’une est la source.
L’autre est le moyen.
Ensemble, ils participent à la manifestation du Royaume de Dieu.
C’est pourquoi la grâce, l’apostolat et la vision du Royaume constituent ensemble l’architecture de la mission de l’Église.
Ces vérités ne demandent pas seulement à être comprises.
Elles doivent être reçues, discernées et incarnées toujours davantage dans la vie de l’Église.
— Jean-Marc Potenti
15 mai 2026

